GK trouve ses racines dans la lutte du Bangladesh pour son indépendance en 1971. Son existence débute par l'installation à la frontière indienne de l'Etat de Tripura du "Bangladesh Hospital", une unité de soins de 400 lits bâtie en bambous pour soigner les réfugiés et les "combattants de la liberté" animée par une équipe composée de 5 médecins bengalis, dont les Docteurs Zafrullah Chowdhury et Qasem Chowdhury, les responsables actuels, et d'une dizaine d'auxilliaires médicales. Après la libération ils décident de rester mobilisés pour commencer une autre "guerre", celle contre la pauvreté, la faim, la maladie qui frappent la majorité de la population, les pauvres, les sans-terre des zones rurales.
L'équipe du "Bangladesh Hospital" développe alors un programme de santé communautaire, qu'elle met en oeuvre à Savar, à 40km au nord-ouest de la capitale Dhaka, sous le nom de Gonoshathaya Kendra ( Centre de Santé Populaire). Son objectif : mettre en place un système simple mais efficace et adapté aux réalités socio-économiques du pays. Il s'agit de mettre au point un "prototype de structure de santé publique" qui pourra être étendu à tout le pays. Ce programme, destiné en priorité aux populations les plus pauvres, notamment les femmes et les enfants, prévoit de les associer au fonctionnement du centre. GK recrute alors un nombre importants de travailleurs de santé garçons mais surtout filles , qu'ils forment et qui serviront d'intermédiaires entre les malades et les médecins.
Les femmes et la Santé
Dans un pays musulman traditionnel comme le Bangladesh, l'équipe de GK prend en compte la nécessité de former, en priorité des femmes comme travailleurs de santé pour faciliter l'accès aux soins des villageoises. GK recrute donc des jeunes filles dans les villages de la région et les forme pendant un an. Ainsi voit le jour, pour la première fois au Bangladesh, le concept des "paramédics". Pour faciliter leur déplacement entre le Centre et les villages, les paramédics apprendront à monter à bicyclette, ce qui est tout à fait révolutionnaire dans le pays. Pour une jeune fille, aller de village en village à vélo, est ,en soi, un geste de libération et de protestation contre le fondamentalisme.
Mais le succès des paramédics ne s'obtiendra pas sans difficultés. Mal perçues par les intégristes musulmans, elles seront, au début, accueillies dans les villages par des jets de pierre des mollahs. En 1975, un de leurs collègues, Nizam, sera assassiné par des hommes de main pour avoir dénoncé la corruption et les abus du médecin privé du village de Shimulia.
Au fil des années, tirant les conséquences des succès et des échecs, les programmes de soins de santé primaire de GK influenceront grandement la politique de santé du pays. En 1976 à la conférence d'Alma-Ata, l'exemple de GK a influencé ausi l'UNICEF et l'OMS dans l'établissement de la Charte des soins de santé primaire. A l'heure actuelle, GK fournit des soins de santé primaires à 600.000 personnes soit 116.000 familles dans 360 villages à partir de 10 centres et 16 sous-centres. Une assurance maladie a été instaurée dès 1974. Les cotisations basées sur les revenus des familles couvrent plus de 50% des frais de fonctionnement du département santé. Un programme de santé urbain fonctionne depuis deux ans centré autour d'un grand hôpital bien équipé, installé dans Dhaka, et des sous-centres dans 10 bidonvilles
Les femmes et la formation professionnelle
- Saleha, abandonnée par son mari, rejoint GK avec sa fillette de 6 ans. Elle a travaillé d'abord comme gardienne à l'entrée du Centre, puis à la cantine du personnel. Ensuite elle a été sélectionnée pour suivre des cours de conduite auto. Elle sera la première femme du Bangladesh à obtenir son permis de conduire et restera 5 ans le "chauffeur" particulier du Dr Z.Chowdhury. Aujourd'hui, elle a quitté GK et est devenue le chauffeur de la représentante de l'UNICEF au Bangladesh, avec un salaire double de celui des jeunes médecins de GK.
- Jamila a quitté son mari qui la battait souvent. Après avoir rejoint GK elle a été formée au fonctionnement d'une énorme chaudière qui fournt la vapeur à l'usine pharmaceutique. Elle est la première femme au Bangladesh à avoir reçu l'autorisation de faire fonctionner une telle machine. Son salaire lui permet d'élever seule ses trois enfants.
Pendant la formation professionnelle, GK informe les femmes sur les problèmes de santé, la nutrition, le planning familial et tout ce qui concerne le statut et les droits des femmes. Ayant retrouvé fierté et espoir, celles-ci participent régulièrement aux défilés de la Journée Mondiale de la Femme, de la Journée Internationale de l'Education et de la Fête du Travail le 1er Mai.
L'éducation est un instrument essentiel dans la lutte pour les Droits de l'Homme . Malheureusement, ce sont surtout les plus pauvres et en particulier les femmes, qui en sont le plus souvent privés. C'est pourquoi GK a démarré un programme d'alphabétisation pour les femmes pauvres des villages et leurs enfants. Comme il était difficile de motiver ces femmes à quitter leurs maisons sans incitation financière, un lien a été créé avec l'atelier de couture qui leur a permis de gagner un peu d'argent tout en recevant une éducation de base. Depuis, celles qui viennent chercher un emploi ou suivre une formation doivent passer les six premiers mois à apprendre à lire, écrire et compter, le temps étant pris sur leur temps de travail. Les employées de GK peuvent aussi améliorer leur niveau d'éducation en suivant des cours du soir.
Quant à l'éducation des plus jeunes, elle se fait au sein des 13 écoles primaires ouvertes par GK à Savar et dans tous les autres centres. Pour préparer les enfants aux responsabilités, les plus doués sont encouragés à aider les plus faibles. La programme d'éducation formelle suit le programme officiel mais est enrichi des cours sur la guerre d'indépendance ainsi que sur l'histoire et la géographie locales. Chaque semaine, des paramédics dispensent des cours sur le respect de l'environnement , l'hygiène et l'éducation à la santé, en particulier la préparation des fameuses potions de réhydratation orale si précieuses pour traiter les diarrhées en l'absence de médicaments. Les horaires et les vacances sont fixés en fonction des saisons et des travaux des champs pour permettre aux enfants d'aider leurs parents. Il est encourageant de noter que plusieurs filles de paysans sans terre qui ont suivi l'école primaire de GK viennent d'obtenir leur diplôme de paramédic.
Depuis le 14 Juillet 1998, GK a ouvert une Université à Savar avec une faculté de médecine, de pharmacie, de soins dentaires, de physiothérapie et des sciences de l'environnement . Une centaine d'étudiants sont recrutés chaque année et 50% des places est réservé aux filles. Il a été prévu des bourses pour les étudiants issus de familles pauvres. Les diplômes délivrés au bout de 4 ou 5 ans d'études selon les spécialités sont reconnus par l'état. Les méthodes d'enseignement se veulent novatrices, en particulier inter-actives. Le centre de documentation est certainement l'un des plus riches au Bangladesh et les installations et les activités de GK dans toutes les spécialités enseignées seront très précieuses pour offrir aux étudiants des formations pratiques qu'aucune autre faculté ne pourrait leur offrir.
Le personnel de GK, cadres et employés vivant sur le campus, participe chaque matin à une heure d'activité agricole, celle-ci faisant partie intégrante de la journée de travail. L'objectif est triple : permettre à tous les employés de se retrouver dans un travail commun, partager les difficultés quotidiennes des paysans de la région que les paramédics retrouveront dans leur tournée dans les villages et produire du riz et des légumes afin de tendre vers une certaine auto-suffisance alimentaire. Cette règle des "pionniers" vient d'être assouplie pour les médecins car il devenait trop difficile de les recruter en les obligeant à ce travail matinal. Par contre ceux qui y participent reçoivent une prime. Depuis 1974, GK a créé de nombreuses coopératives de paysans sans terre auxquels il fournit un soutien technique, des engrais et du crédit.
La dégradation des re ssources
forestières par l'activité humaine, en particulier
le bois de chauffe ou de construction, est la cause
première des catastrophe naturelles au Bangladesh, telles
sécheresse, inondation, et érosion des sols.
Après le terrible cyclone de 1991 dans la région de
Cox's Bazar, GK a décidé de s'attaquer à ce
problème en mettant en place un programme de reforestation
de la zone cotière. Ce programme auxquel écoles et
villages participent a permis la plantation de centaines de
milliers d'arbres. Une dizaine de pépinières ont
été créées pour fournir des plants et
sont entretenues par des femmes. Des femmes très pauvres
ont été aussi formées en coopératives
et sont responsables chaucune d'une centaine d' arbres dont elles
assurent l'entretien. Grâce à un système de
prêt, elles en deviendront propriétaires au bout de
quelques années.
Les catastrophes naturelles frappent régulièrement le Bangladesh, inondations ou cyclones, et ce sont les plus pauvres qui en payent le plus gros prix. GK est toujours à l'avant-garde des équipes de secours et a joué un rôle majeur dans la réorganisation des services d'urgence nationaux. Le travail des équipes de GK lors des inondations de 1987, 1988 et 1998, du cyclone de 1991 ou encore les camps de réfugiés Rohingas à la frontière birmane en 1992 ont considérablement enrichi leur expérience.
C'est en 1981 que GK s'est lancé dans la production de médicaments essentiels afin de les rendre accessibles à la majorité de la population. Son usine, G.P.L. (Gonoshathaya Pharmaceuticals Limited) qui emploie 250 ouvriers en majorités des femmes des villages environnants, produit 60 médicaments génériques de haute qualité à des prix très inférieurs à ceux pratiqués par les multinationales.
GK AUJOURD'HUI
Au delà de ses réalisations spectaculaires, GK est l'exemple d'une formidable aventure humaine, qui réunit musulmans, hindous, chrétiens, pratiquants ou non, et athés, des hommes et des femmes, sur un même pied d'égalité, des handicapés, des paysans et des pharmaciens, des ingénieurs et des médecins. C'est un exemple remarquable de tolérance où tous travaillent avec le même idéal: redonner santé, dignité, espoir aux plus faibles, aux plus pauvres de leurs concitoyens.
Pour ses actions exemplaires, GK a reçu plusieurs distinctions :
Malgré son succès, GK aujourd'hui n'a pas les moyens d'autofinancer toutes ses activités. Le développement des activités industrielles qui créent de nombreux emplois en particulier pour les femmes, devrait à long terme dégager des bénéfices pour couvrir les dépenses des départements santé, éducation, formation qui ne pourront jamais s'autofinancer. GK ne recevant aucune subvention du Gouvernement, ce sont des ONG's européennes, anglaises, danoises, hollandaises, italiennes et le Comité Français de soutien à GK-Savar en France, avec les cofinancements de l'Union Européenne, qui soutiennent financièrement et moralement GK dans son combat aux service des plus déshérités.
Vos dons au Comité Français de soutien seront consacrés au développement du programme des écoles primairess pour les cinq prochaines années. A travers vos dons, vous devenez partenaire actif d'une dynamique de développement exceptionnelle. Merci de votre soutien.