Ci-dessous, la reproduction d'un texte que Messire Denis Aujeard, curé de La Chapelle Thireuil en 1709, a cru bon écrire sur les feuillets de son registre paroissial. La transcription qui suit respecte l'orthographe et la ponctuation de l'époque :

Mémoire curieux pour la postérité

On reparlera dans la suite des temps comme des choses surprenantes extraordinaires et mesme impossibles ce qui est arrivé dans la présente année mil sept cent neuf par rapport à la rigueur de l'hiver et aux gelées excessives qui y sont arrivées et qui ont esté la cause d'une famine presque générale et qui ont produit des pertes dont on se ressentira plus d'un siècle.

Premièrement, on saura qu'autour de la fête de la Saint Michel Archange 1708 le bled froment ne valait pas plus de vingt cinq sous le boisseau mesure de (Champdenier ?), et le seigle quinze sous, la baillarge huict et le bled noir six, le vin de pays quatre livres la barrique et celui de Saintonge huict, mais il y eut en peu de temps bien du changement, tant par les séditions populaires faites pour s'opposer à l'enlèvement et transport des grains, que par les grands froids qui ont commencé au jour des rois de cette présente année 1709 et qui ont duré autour de six semaines, car presque tous les bleds ont gelé, et on peut compter pour rien ce qui a resté, de telle sorte qu'on a esté obligé de semer au printemps tout comme si on ne l'avoit point fait auparavant l'hiver. Mais comme cette saison ne permet pas de mettre en terre toutes sortes de grains, on a eu recours aux baillarges et bleds noirs, ce qui les a fait valoir un prix pour ainsi dire incroyable puisque la baillarge s'est vendue pour semer au mois de mars, avril, et jusques au quinze mai 1709, quatre livres dix sous, et le bled noir vingt quatre livres le boisseau, et communément dix huit et vingt livres, et au mois de septembre suivant, le froment a valu pour semer, lorsqu'il était bon et nouveau, dix livres et le seigle cinq livres, et le reste de l'année, et mesmes jusques à la récolte de l'année 1710, qui est le temps que j'écris le présent mémoire, il a valu le mesme prix ou du moins il y a eu très peu de diminution, quoiqu'il y ait apparence de la plus belle récolte en bleds que jamais homme vivant ait vu. Pour ce qui est des (foins), on en espère très peu aussi bien que de vin, dans les pays voisins à cause de la gelée arrivée le premier jour de may de cette année 1710, mais la plus grande perte arrivée par le froid de 1709 après celle des bleds et dont on se ressentira plus que de mémoire d'homme est à l'égal des chasteigners et noyers qu'on peut dire avoir entièrement été détruits, et principalement les plus grands et les plus vieux dans le pays de Gastine. Tous les genêts et ageons ont été gelés. On attribue encore usuellement, de l'avis des médecins et chirurgiens, à cette gelée, la cause de la mortalité et du plus grand nombre des maladies contagieuses qui règnent présentement presque dans tout l'univers.