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Le foutebôl est une
déviance ludico-sociétale vraisemblablement très
ancienne, remontant aux origines de l'humanité. C'est Adam et
Eve qui disputèrent la première partie recensée
(cf. Génèse) avec une pomme. Les choses se
gâtèrent rapidement: Eve perdant à la mi-temps,
bouffa la pomme pour interrompre le jeu, et, faisant diversion, se
jeta avec concupiscence aux pieds d'Adam qui la forniqua, faute de
pouvoir continuer à jouer. Le Bon Dieu, qui s'était
déplacé pour assister à la rencontre, se
fâcha tout rouge et les vira en beuglant "Remboursez!", tandis
qu'Adam achevait de vider les siennes. Ce que nos cours de
catéchisme nous avaient toujours caché.
Le foutebôl tomba alors en désuétude, favorisant
a contrario les activités reproductrices d'Adam et d'Eve, puis
de leur descendance et de la descendance de leur descendance et ainsi
de suite jusqu'à ce qu'un petit chiare névropathe et
malpoli de la énième génération
décidât de faire autre chose que de copuler.
C'était un petit gars malingre, affreux, affreux, affreux,
sans intelligence, au caractère teigneux et vindicatif. Il
manifestait toute la hargne de sa complexion en frappant du pied tout
ce qui traînait à terre. Ses petits camarades ne
l'aimaient guère car ils redoutaient d'être la cible de
ses tirs pédestres; ainsi l'avaient-ils surnommé "fou
du bol" (bol désignant la boîte crânienne et par
extension ce qu'elle contenait). Pierres qui roulent n'amassent pas
mousse, c'est bien connu, et les petits camarades les retournaient
à leur envoyeur de la même manière. Ca faisait
des chiées bagarres auxquelles tout ce petit monde finissait
par prendre un malin plaisir. Tant et si bien que, comme dans toute
bonne castagne qui se respecte, des règles furent
établies pour être transgressées et relancer le
jeu. Il suffisait d'y penser.
Les Anglais, qui veulent toujours se distinguer - s'il en
était autrement, ils deviendraient solubles dans l'eau comme
une cuillérée de Lipton lyophilisé - ont repris
le nom "fou du bol" en le transformant par le vocable "football"
(prononcez "foutebôl", comme si vous aviez une patate
brûlante dans la bouche), ce qui signifie, mot à mot,
"pied-balle". On entrevoit ainsi l'un des effets pathogènes
majeurs du foutebôl: la confusion, multimorphe et polyforme.
L'anglicisme "football" en est un exemple, tant il est vrai que
pied-balle ne veut rien dire. Vous trouverez dans votre dictionnaire
les mots balance, baldaquin, balloches, ballot, ballotin, balustrade,
piédalu, pied-à-terre, pied-de-biche, pied-de-nez,
piedestal, piédouche, piété, pietà,
piétaille, piéton, piézo-électrique, etc,
mais non pied-balle. Deux déductions s'imposent: primo,
l'anglicisme "football" n'est pas français; deuxio, ce vocable
est un sémantique salmigondis, ou un gargouillis de verbiage
(au choix, suivant votre humeur du moment) qui ressemble à de
la mangeaille qui hésiterait entre pudding et porridge.
La confusion, commencée dans le rapport du signifiant au
signifié, continue dans l'idée que se font les
protagonistes d'une partie de pied-balle: quand une équipe
perd, elle considère qu'elle a gagné parce que sa
défaite n'est pas aussi lourde que ce qu'elle avait
prévu; quand une équipe gagne, elle estime qu'elle a
perdu puisque sa victoire n'est pas assez éclatante à
son goût; quand la partie est nulle (dans tous les sens du mot,
en général), soit les équipes pensent avoir
gagné parce qu'elles n'ont pas perdu, soit l'inverse.
N'essayez pas de comprendre, encore moins d'expliquer que ce sport
subtil remplit une fonction esthétique particulière
dans le continuum onirico-spéculatif, vous gâcheriez
votre vitalité et votre effervescence intellectuelles dans un
grand bruit de floc-floc.
La prolifération lapinesque des compétitions et leurs
organisations ubuesco-kafkaïennes constituent l'un des effets
les plus visibles de cette confusion. On recense des équipes
bambines, juniors, espoirs, seniors, gérontes, amateurs,
semi-amateurs, semi-professionnelles, professionnelles, de ligue,
départementales, interdépartementales,
régionales, inter-régionales, nationales, d'honneur, de
troisième, de deuxième, de première divisions.
Un bocson redoutable en comparaison duquel le code
général des impôts ressemble à une
leçon de guitare sommaire. Pour les compétitions (les
"compètes", en un seul mot, disent les initiés; voir
ci-dessous), cela relève du délire
maniaco-dépressif aigu: pour toutes les catégories
d'équipes décrites plus haut, on prévoit des
matchs amicaux (ce qui peut laisser penser qu'il existe
également des matchs inamicaux, voire franchement hostiles),
des coupes, des championnats, des championnats de championnats, des
coupes de coupes, des championnats de coupes et des coupes de
championnats, de saison, d'année, pluriannuels, continentaux,
intercontinentaux, mondiaux, et peut-être bientôt
interplanétaires et galactiques. Trouvez le nombre de
combinaisons possibles et vous obtiendrez la distance de la Terre
à l'Alpha du Centaure (et gagnerez du même coup un an
d'abonnement gratoche à l'Udépé). Une inflation
vertigineuse qui relègue les assignats au rang d'aimable
partie de Monopoly.
Tant et si bien qu'à la fin, tout le monde peut gagner, mais
personne ne peut gagner: si tout le monde est gagnant, personne n'est
gagnant, donc tout le monde est perdant, et si tout le monde est
perdant, en vérité personne n'a perdu, puisque la
défaite suppose nécessairement la victoire et
inversement, et ainsi de suite jusqu'à toujours.
Nous avons également observé que le jargon du jeu de
pied-balle révélait des refoulements - aussi notoires
que caractérisés - des activités qui font la
joie et le bonheur de tout être humain normalement
constitué. Ainsi des expressions telles que "c'est la
séance des tirs au but" peuvent être
contrepétées en "c'est la séance des bites au
rut", ou bien "le ballon d'or" en "le beau dard long", ou encore "le
coup atteint son but" en "le bout atteint son cul". Et quand on
regarde l'émission "Télé-Foot", c'est
forcément une émission "toute fêlée".
Comme on le voit, le jeu de pied-balle crée et entretient des
aberrations langagières et sociales qui se nourrissent
mutuellement les unes des autres en donnant corps à un
système hyperstructuré et bouffi de lui-même,
dont la finalité ultime est, tels un trou noir ou un siphon de
lavabo, d'engloutir les individus qui s'en approchent. Dans la
deuxième partie, nous causerons des margoulins et des jobards
du jeu de pied-balle, et autres arsouilles, gouapes, frapadingues,
benêts et couillons en tous genres.
Je vais vous jarviller de foute, derechef.
Le foute fait sa tata, se croit du dernier bateau; le foute, on vous
l'impose à toutes les sauces, on vous l'enfourne ad libitum
dans les quinquets et les cliquettes, consentant ou non; on en
ingurgite à tire-larigot, on vous le fout dans le caberlot
à vous en faire péter les drageoires. Aujourd'hui,
donc, débagoulante sur les margoulins, enfonceurs, gauffeux,
jobards, béjaunes, pantes et autres abrutis de tout acabit qui
s'agitent autour du foute: président, entraineur, pisse-copie,
joueur et supporteur. Etant dit que l'organisation du foute en
équipe, club, ligue, fédération, etc, pantoufle,
est aussi embroussaillée qu'un guide ferroviaire, on aura une
idée vaguement approchante de la quantité de gugusses
concernés.
Revue de détail.
- Le Président - d'équipe, de club, de ligue ou de
fédération: généralement faiseur et venu
des affaires, il s'impose à la présidence par son
artiche et son dégoisis, et en profite pour faire la promotion
de l'entreprise dont il est pédégé (conserverie
de lentilles ou usine de charcuterie) en fournissant les maillots et
les culottes aux joueurs, ou en inondant le stade de panneaux
publicitaires. Il mène ses hommes en usant
méthodiquement de la violence et de l'embabouinage.
Possède souvent un gros bide, quelques maîtresses aussi
ribaudes que tortillettes, et aime rouler en Mercedes avec
turlurin.
- L'Entraineur - de l'équipe, du club, de la ligue ou de la
fédération: c'est l'homme de peine du Président
et le contremaître des joueurs; aisément reconnaissable,
il se fait rabrouer par le Président et passe son temps
à s'éclanter sur les joueurs. Trajectoire sociale:
ancien joueur touché par l'apostolat du sport et de la
pédagogie besogneuse. Sa mission idéale: transformer
des jeunes glandeurs boutonneux et zonards de banlieue en bons petits
gars sains et positifs dans leur tête (variante moderne du
juteux des bat' d'af'). Mode de vie ascétique, aime sa
bourgeoise, met des Damart et roule en R21 turbo diesel.
- Le Pisse-Copie - de tévé, de la presse écrite
nationale, régionale, locale: Monsieur Prud'homme du sport,
moitié Bouvard, moitié Pécuchet, il
énonce un maximum de sottises empaoutantes dans un minimum de
temps et s'imagine posséder une intelligence sur laquelle son
quotient intellectuel ne lui fournit aucune indication; commet
beaucoup de fautes de français (de syntaxe, de grammaire,
d'orthographe, barbarismes et solécismes en tous genres);
s'évertue à obtenir de l'entregent et des passe-droits
en faisant valoir sa carte de presse; se complaît dans les
regardelles. Voyage en avion ou en train, pieute à
l'hôtel (dont le confort est proportionnel au standinge du
journal ou de la chaîne tévé qui l'emploie)
pendant que sa femme se fait reluire ailleurs. Il se croit mariol et
moutardier du pape, c'est un nicodème et un boniface.
- Le Joueur - personnage pacant et musculeux, son statut social
de beauf est des plus protéimorphes. Il peut être joueur
"amateur" ou "professionnel": le joueur amateur est un quidam qui a
un turbin de chauffeur-livreur ou de maçon-coffreur, et qui
occupe ses dimanches à faire le buziot sur un terrain de
foute; le joueur professionnel est un gonze qui serait chômeur
s'il n'était pas payé à faire le bahia sur un
terrain de foute à longueur de journanches. Et le toutim,
tandis que madame fait le persil ou lisette. Le joueur professionnel
roule en BMW série 5 avec chaîne Pioneer, vitres
teintées, phares à iode. Le joueur amateur conduit une
Peugeot 305 GTD ou une Opel Ascona break, avec grille de
séparation à l'arrière pour caser son malinois
Rex (au pied, assis, debout, couché, attaque).
- Le Supporteur - hypermégiga beauf vesse-du-bec et
pue-la-sueur se recrute exclusivement chez les tocards, sans
distinction d'âge. Le supporteur ne supporte pas grand'chose et
passe son temps à chercher de nouvelles insultes dont les plus
originales et innovatrices sont: "Enculé!", "J'te pisse au
cul!", "Va te faire niquer" (parfois, nostalgique, il beugle "aux
chiottes l'arbitre", mais c'est rare). Volontiers castagneur, surtout
en bande, aime les ratonnades et les cannettes de Kronenbourg
tiède. Après avoir explosé sa poupée
gonflab' à force de ramponneaux, il se tire sur
l'élastique. Il n'a pas de bagnole (ou s'il en a une, c'est
qu'il l'a chouravée), resquille dans le train et saute les
tourniquets du tromé. Bref, un glandulaire émotif.
Tout ce petit monde vibrionne, beugle, arnaque, truande,
va-de-la-gueule, s'énerve, barouffe. Sic transit gloria
mundi...
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