Jean-Jacques Buge


Rose

Rose, reine des fleurs!
Les parfums que tu exhales
N'égalent la beauté que la nature t'a orné.
Ta vie toute en symbiose avec la création
N'est pourtant que fragile délicatesse.
Renaissant inexorablement à chaque printemps,
Sans que ne soit comptée ton âge,
Tu te pares de nouveaux et plus beaux attraits
Sans cesse chaque fois davantage.
Tu sers d'obole à la passion inassouvie des hommes.
Compagne de l'amour, tu représentes l'aspiration de l'humaine condition
Vers la beauté, l'harmonie et la paix.
Tu distilles douceur et poésie
Et ton chant bien qu'inaudible
Accompagne les espoirs les plus insensés.
Personne ne peut partir à ta conquête
Tu es libre et n'appartiens à personne.
Tu te donnes au vent, au soleil et à la pluie
Avec générosité et candeur,
Sans renier le moins du monde
Tes valeurs éternelles, heureux privilège.
Les sentiments les plus élevés que tu inspires,
Sont le signe que Dieu a tracé
Sur le parchemin de l'amour.
Un jour, quand la sagesse habitera nos coeurs, l'amour humain te ressemblera:
Il donnera, sans prendre, le meilleur de lui même.
Tout comme toi.
Et si par hasard, petite rose, tu te fanes et tombes,
Ce sera pour mieux renaître, pour une vie encore plus belle
Juste pour l'amour,
L'amour d'une simple rose.
Et si parfois l'homme vacille,
Qu'il se souvienne que la rose refleurit à chaque printemps,
Que la grâce et la beauté triomphent toujours
Et que l'amour est éternel, tout comme la rose.

Jean-Jacques Buge (France)


Matin de Printemps

Dans la bruine fine de la clarté naissante
La nuit se consume dans le halo qui fume.
Elle effectue une dernière et douce révérence
A l'aurore, emportant son cortège de mystères
Sur un air embaumé en clé de solfège.
Vers des contrées lointaines et sereines,
Elle s'éclipse, Morphée emmenant ses fées
L'inexprimable et ineffable souffle
Glisse dans la souveraine clarté.
A peine l'onde nocturne se fonde t elle
Que déjà les chevaux de l'aube
Démêlent leurs écheveaux de lumière
Qui s'échappent pareils à de longues robes
Du char invisible et subtil.
L'ombre s'estompe, étonné des reflets
Des eaux limpides noyant le monde
Sous ses effluves d'écume
C'est l'heure bleue où le souffle de feu
Caresse chaque être telle une promesse
A peine l'aurore se devine
Portant son aile d'or
Que déjà l'âme se réveille
D'un lointain voyage
Au bord du bleu rivage
Un barque légère
L'emporte vers l'odyssée de l'éternité
L'être s'aère dans l'éther
De l'imaginaire et espère.
La nature s'irise d'une nimbe de rosée
Se miroite dans l'eau lumineuse
Le jour joue ses arpèges de lumière
Jouvence de neige et de soleil.

Jean-Jacques Buge (France)


Impression d'Automne

Insensiblement, la nature se dénude.
Jeune vierge effarouchée,
Et frisonne sous la fraîche rosée
A l'oubli de la chaleur, prélude.
Pressée de regagner son jardin secret.
De ses atouts d'été, elle s'allège.
Délaissant sur la rive ses nobles habits,
Elle s'en va prendre un bain de repos.
Déjà les arbres tremblent
Et secouent leurs membres endoloris,
D'une profonde léthargie envahis.
Les nuages étirent une interminable
Traîne dans le ciel aux tons pastel.
Des landes brunes, une vapeur
Diaphane monte et noie les ombres
Un pâle soleil se vêtit
D'un châle de nuages,
Et se perd à l'infini dans le regret de ses ardeurs estivales.
Les chants doucement s'essoufflent
Les cris s'émoussent et les pas s'estompent.
Le jour s'épuise à effacer les traces des pleurs de la nuit.
La lune se devine dans un halo laiteux.
Sa figure fantomatique perdure encore
Sous la lueur blême du petit matin.
La nuit empiète imperceptiblement sur l'orée du jour,
Qui se rétrécit en une peau de chagrin.
Sombre forêt aux interminables ramifications,
Elle étend peu à peu son voile.
Du ciel tantôt perlent de grosses larmes de pluie
Tantôt, c est la colère qui gronde, tonne et menace
Avant de noyer le monde sous ses pleurs.
Le vent pousse d'étranges complaintes
La nature éclate de milles délicatesses,
Et de doux murmures parcourent les forêts
C'est comme un mystère qui s'étire ou se cache
Dans quelque antre ouaté de sortilèges.
Bruissements des feuilles mortes, craquements étranges
La vie se replie dans les profondeurs vespérales
Et part en hibernation.
C'est le temps du grand recueillement,
Avant la longue nuit de l'hiver.
Le feu crépite déjà dans la cheminée comme une tiède consolation.
Le jour dans sa lutte avec la nuit
Joue un combat perdu d'avance.
Et n'est déjà plus que son propre reflet.
L'été disparaît dans les gorges sépulcrales de l'oubli.
Son déclin le renvoie à son propre mystère.
Son cortège flamboyant part en deuil dans les méandres du temps.
Sa lente descente conjugue le présent aux fugitives impressions du passé.
Au seuil de la nuit automnale, la lune gibbeuse
Renvoie une pâle image de sa présence faite ombre.

Les souvenirs dérivent au fil du sablier et se perdent.
En vain, le pêcheur étend les mailles de son filet parmi les eaux du passé.
Les oriflammes du passé agitent leurs feuilles monotones.
Des bulles de souvenirs sans âge éclosent sur l'onde de la mémoire
Puis disparaissent, engloutis dans des labyrinthes
Parsemés de mélancolique visages.
Les ombres du passé étendent leur désolé linceul.
Et les pensées voltigent, agitées par le chant doux aigre du zéphyr.
Les larmes de la souffrance
Perlent au clou du passé.
La nostalgie se perd dans les méandres du temps,
Abîmes d'un passé oublié et révolu.
Les souvenirs ne sont plus que de pâles fantômes
Dans le crépuscule confusément perdus.

Jean-Jacques Buge (août 1990)


Sentiers Poétiques ©1997 par Vincent Di Sanzo
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